La Sieste Des Cigales.
Dans l’épaisseur d’un soleil brûlant, à l’ombre du figuier, quelque part sur les rives de la Méditerranée, La sieste des cigales invite à ralentir, à respirer. Des heures suspendues, des corps alanguis, des jardins silencieux, des paysages clairsemés d’ombres… Entre l’esthétique du cinéma européen des années 1960 et 1970 et une sensibilité profondément contemporaine, cette nouvelle série d’Azucena González nous immisce dans un scénario aux personnages mystérieux. Derrière ces silhouettes anonymes se cachent peut-être nos histoires d’été : un peignoir de soie abandonné, des oranges rapportées du marché, une sieste sous les palmiers. Incandescente, la peinture d’Azucena Gonzalez, à la palette solaire fait vibrer quelque chose dans l’oeil de son spectateur. On ne sait jamais tout à fait si l’instant représenté est calme ou bruissant, si les cigales s’activent ou se reposent. C’est à la lisière du souvenir et de la sensation que l’artiste construit ses images. Sensuelle, la lumière devient alors sa narration ; elle modèle les corps et fait scintiller les surfaces. Si les cadrages resserrés semblent venus du cinéma, ces scènes appartiennent pleinement à la peinture. Le pinceau ralentit le regard, allonge la respiration. La perception du temps, le désir, l’ennui et la contemplation deviennent les véritables sujets des œuvres. Elles demandent du silence, de la paresse, de la dérive et l’acceptation de perdre son temps. Il s’agit là d’une manière de vivre dans laquelle, en apparence, rien ne se passe et pourtant tout se joue. Les cigales, dont le chant incessant accompagne l’été sans jamais véritablement se montrer, apparaissent comme une métaphore de ces après-midis d’été, dont on souhaiterait qu’ils durent pour toujours. À l’image de l’acte de peindre lui-même, qui requiert l’observation, la patience et l’attente, La sieste des cigales crée une véritable poétique de la lenteur, s’attardant sur ce qui échappe habituellement au regard. Dans les œuvres d’Azucena González, l’ombre et la lumière sont saisies et sublimées, et les instants y sont à la fois fugaces et éternels.
Text by Augustin Doublet.
